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Anyone in the world Tout d’abord, bien comprendre ceci : les impressions que je délivre ici sont tout à fait personnelles. La pratique sous cascade (takigyoo) est une expérience que chacun vit différemment ; je peux vous faire partager cette expérience telle que je l’ai vécue, mais aucun doute que vous l’auriez vécue différemment.
Les participants, environ 8 personnes, et les deux sensei qui mènent la pratique se retrouvent dans l’une des grandes gares de Tokyo pour un voyage qui durera en tout près de deux heures. A priori, deux heures, c’est long… En fait, il faut bien cela pour commencer à appréhender la pratique. Ne pas s’y fier : même si tout le monde discute et semble d’humeur anodine, chacun, intérieurement, commence sa préparation. Pas d’excitation palpable ; au contraire, les esprits vont clairement vers un plus grand calme. Cette préparation psychique, personnelle à chacun, durera jusqu’à ce que la préparation physique commence.
Jumbi. Nous sommes sur une hauteur d’où le paysage s’ouvre sur un relief de petites montagnes. Pas les Alpes ni les Pyrénées, mais la puissance de la nature est bien là – s’en imprégner. Je sais que dans la cascade, je serai au plus près de cette puissance.
Puis on prend le chemin de la cascade. Je me souviens de ce sentiment, comme on s’enfonçait dans la foret, d’être observée, entourée de milliers de… de quoi au juste? J’ai envie de dire : d’esprits, comme dans le film de Miyazaki, Princesse Mononoke, ces tout petits êtres blancs dont la tête bouge en faisant un bruit de grelot de céramique. On remonte le cours du ruisseau, puis, en haut d’un escalier en bois qui la surplombe, la cascade apparaît. D’ici, elle a l’air tellement petite…
Les sensei préparent l’espace (du sel et du saké pour purifier), les pratiquants, leur corps (du sel là aussi) et leur esprit. L’un des sensei prend place sur un rocher qui émerge a quelques mètres de la cascade, lance des cris puissants, commence a réciter une série de moudras (ou autres?). Puis un par un, chaque pratiquant va venir méditer sous la cascade, librement.
Entrer dans la cascade, c’est revenir a l’essentiel : respirer, tenir debout - vivre et survivre. Cela peut sembler simpliste, pourtant ce sont bien ces pensées, aussi minimalistes soient-elles, qui envahissent mon esprit pendant les toutes premières minutes. Je ne vais pas tenir. Mais comme le corps s’habitue à la température et à la puissance de l’eau, le cours des pensées change : ce que l’on croyait être une limite se trouve n’être qu’une marche à franchir vers le stade suivant ; s’impose alors la volonté d’aller plus loin, de chercher l’étape suivante, de tester la nouvelle limite découverte. Alors on s’avance plus loin, plus près du centre de la cascade.
La puissance de la nature : je ne me suis pas trompée, j’en suis au coeur ici. J’y suis confrontée autant que j’en fais partie. Les bras légèrement étendus sur le coté, les paumes tournées vers le monde extérieur, c’est la méditation des dix positions qui me vient naturellement. Lentement, j’explore chaque position. Je me concentre sur ma respiration : profonde, calme, pour qu’elle permette aux muscles de se détendre et ainsi a l’esprit de s’affranchir du ressenti du corps pour explorer de nouveaux horizons.
Apres être revenue à la première position, je sors lentement de la cascade. J’ai peine a tenir debout, à vrai dire ; je n’ai pas vraiment conscience être, dans le sens “individu”. Une main tendue, je la saisis et la suis jusqu’aux rochers qui bordent la cascade. Reprenant peu à peu mes esprits, je commence à remonter vers le point en contre-haut de la cascade, où nous avons laisse nos affaires et d’où les autres pratiquants observent. Mon équilibre étant encore très précaire, l’aide proposée par une seconde personne est la bienvenue. Pendant plusieurs minutes encore, même après m’être changée pour des vêtements secs, mon corps est pris de violents frissons. Mais mon esprit est d’un grand calme et parvient à le détendre peu à peu alors que je regarde les autres pratiquants passer les uns après les autres.
On n’atteint pas l’illumination en passant dix minutes sous une cascade, aussi puissant soit le flux d’eau qui nous tombe dessus. Mais ce temps est déjà suffisant pour prendre conscience d’énergies enfouies en nous, et cette conscience permet de les libérer. Il y a deux forces que j’ai réellement senties émerger ce jour-là : la confiance et l’amour. La confiance : la confiance en moi, mais également la confiance que j’éprouvais vis-à-vis des sensei qui m’entouraient. L’amour : je parle ici de l’amour pour toute vie, ce sentiment pur qui transcende l’existence et que j’ai ressenti presque à l’état brut dans la méditation explosive de l’un des sensei. Je rappelle que tout cela est une expérience tout à fait personnelle ; en ce qui me concerne, ce n’est pas un hasard si c’est dans la position Kenshin que je me suis sentie m’épanouir pleinement. Chacun doit vivre sa propre expérience, explorer son propre univers. Mais rien n’empêche d’échanger ses impressions par la suite, bien au contraire, cela se révèle généralement très enrichissant pour tous.
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